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Avec la gratuité des soins pour tous et son haut niveau de prestation, le système de santé français arrive sur la première marche du podium mondial. Pas surprenant donc de voir le Royaume-Uni autoriser ses citoyens à recevoir des soins de deux organismes français qui seront à cette fin remboursés par le NHS. Problème : si les raisons de s’enorgueillir sont indiscutables, les raisons de s’inquiéter pour la performance à venir de notre système se multiplient.

La principale inquiétude est d’ordre démographique : même avec 11,6% du PIB consacré à son système de soin, l’Etat français ne pourra pas faire face au vieillissement de la population et à la croissance des pathologies associées. Cette inflexion démographique est très nette : depuis les origines de l’histoire documentée, le nombre de jeunes enfants a toujours été supérieur à celui des personnes âgées de 65 ans ou plus. Mais avec la diminution du taux de fécondité et l’allongement de l’espérance de vie, cette vérité historique va être contredite… En 2050, le nombre de personnes âgées de 65 ou plus devait ainsi passer de 524 millions à près de 1,5 milliards.

Les hôpitaux en première ligne

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Parmi les acteurs de la santé, ce sont les hôpitaux qui seront les premiers concernés. Parce qu’ils sont à l’origine de 40% des dépenses de santé dans les pays développés et, aussi, parce qu’ils ne sont tout simplement pas équipés pour traiter efficacement les maladies non transmissibles (MNT) fréquentes chez les patients âgés comme la démence, le diabète ou encore le cancer. Un chiffre pour donner l’échelle de l’enjeu : une analyse de l’Economist Intelligence Unit estime qu’à l’échelle mondiale le coût des soins pour traiter les nouveaux cas de cancer représente 286 milliards d’euros pour une seule année.

Pour faire face, les prestataires de santé planchent sur de nouveaux modes d’organisation. Une nouvelle répartition des rôles et un autre mode de collaboration. Dans ce modèle, si les hôpitaux continueront à prendre en charge les soins urgents et intensifs, ce sont en revanche d’autres acteurs qui interviendront pour améliorer la santé globale et alléger la charge financière qu’elle représente. C’est d’ailleurs dans cet esprit que le gouvernement britannique a développé un programme spécifique pour réunir soins de santé et aide sociale.

Repenser la collaboration autour de la donnée

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Cette nouvelle répartition des rôles suppose donc une autre manière de travailler. Plus question ici de fonctionner en silos : place, au contraire, à un écosystème de santé centré sur la donnée. L’accès, le partage et la bonne exploitation de ces données deviennent critiques pour garantir des soins continus et de haute qualité.

Le regroupement des données des patients et des données cliniques représente une première étape de cette évolution. La Finlande a d’ailleurs adopté un tel système en créant un répertoire national de l’information médicale. Ce référentiel, alimenté par l’ensemble des prestataires de santé, se voit assigner un objectif clair : permettre à un professionnel de santé d’accéder à toutes les informations de santé d’un patient – si celui-ci a donné son accord – et profiter ainsi d’une vue la plus complète possible. Cette numérisation apporte d’autres bénéfices : elle réduit les erreurs humaines (moins de double saisies), elle soutient une rationalisation des processus et constitue un socle sur lequel développer de nouvelles pratiques comme la télémédecine.

Les professionnels de santé ne sont pas les seuls à devoir repenser leur organisation autour de la donnée pour faire face aux nouveaux enjeux. Les assureurs doivent également affiner leurs propositions pour à la fois gérer des marges bénéficiaires plus basse et chercher des opportunités de croissance tout en se conformant à la réglementation. Pas simple…

Objets connectés : une opportunité pour les assureurs ?

Dans ce paysage, les objets connectés et leurs flux de données semblent représenter un nouvel eldorado. Selon une étude d’Accenture menée auprès de plus de 400 opérateurs, dont 29 en France, environ 40 % d’entre eux confirment avoir aujourd’hui lancé une offre ou au moins un pilote fondé sur les objets connectés. De fait, sur le papier, le potentiel des données produites par les montres connectées, les podomètres et autres suiveurs d’activités parait immense. Avec les objets connectés se dessine un accès sans précédent à des informations concernant notre exercice physique, nos habitudes alimentaires mais aussi notre manière de conduire. De quoi alimenter des services très personnalisés pour prévenir des pathologies, améliorer le bien-être général et… moduler les tarifs.

Faire varier le prix des primes en fonction de l’activité des assurés, c’est ce que l’assureur américain John Hancock a mis en œuvre avec son programme Vitality. Grâce au bracelet Fitbit porté par ses assurés, John Hancock peut notamment savoir à quelle fréquence ces derniers pratiquent une activité sportive. A la clé pour les assurés, des points gagnés qui peuvent représenter jusqu’à 15% de réduction sur leurs primes.

Un tel scénario est inapplicable en France où la collecte et l’exploitation des données sensibles sont strictement encadrés par la loi informatiques et libertés du 6 janvier 1978. Les projets en la matière des assureurs français s’inscrivent donc dans le registre de la prévention. Axa avait innové en 2014 en proposant dans le cadre d’une nouvelle offre un traqueur d’activité Withings Pulse. En fonction des scores, des chèques cadeaux étaient remis pour des séances de médecine douce. Résultat, un très faible intérêt des souscripteurs et des articles de presse mettant en garde contre la tentation du « Big Brother ». De quoi refroidir les ardeurs des assureurs sur ce terrain.

La crainte du « Big Brother » refroidit les ardeurs

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En 2015, les Echos rapportaient ces propos de Virginie Fauvel, membre du comité exécutif d’Allianz et présidente de la commission numérique de l’AFA (Association française de l’assurance) : « Nous voyons dans les objets connectés une opportunité pour devenir plus proches de nos clients, en termes de services et de tarifs, et pour faire de la prévention ».  Un an plus tard, la même porte-parole précisait au même journal : « Personne n’a envie d’un “Big Brother” sur la santé ».  Un vent froid a soufflé sur les objets connectés.

En France, si le potentiel est reconnu, la marge de manœuvre pratique semble encore étroite. Sans doute faudra-t-il aussi laisser le temps au public de se familiariser davantage avec ces objets connectés dont la croissance semble inéluctable. Pour IDC, d’ici à 2019, nous compterons à l’échelle mondiale plus de 126 millions d’objets connectés « wearables ». Et de nouveaux flux de données qui pourront bel et bien transformer l’univers de la santé.

Comment ? Depuis 2005, des associations à but non-lucratif ont commencé à recueillir des données pour cartographier le génome d’un large échantillon représentatif de la population. Des entreprises comme 23andMe ont déjà eu recours à la cartographie du génome pour prévenir des clients de possibles maladies chroniques. Et le NHS britannique est à mi-chemin d’un projet pilote, qui cherche à améliorer les soins de santé sur la base de 100.000 génomes.

A chaque solution son rôle

Pour soutenir ces recherches, des technologies telles que le cloud computing, les data lakes et des solutions de gestion du cycle de vie des documents ont pleinement leur rôle à jouer. Les outils sont là, matures, pour aider l’ensemble des acteurs à bâtir une gouvernance des contenus et données. Chaque solution a d’ores et déjà un rôle bien identifié. Les solutions de gestion de cycle de vie des documents prennent en charge la capture, l’archivage et l’accès sécurisé aux Dossier Médical Electronique (DME) et au Système informatisé d’entrée d’ordonnances (SIEO).

Les data lakes contribuent pour leur part à l’agrégation de ces données au sein d’un système numérique intégré. Ils permettent également d’intégrer des flux tiers, provenant par exemple d’objets connectés. Associés à des capacités d’analyse Big Data, ces data lakes ouvrent la possibilité d’opérer de nouvelles corrélations, d’identifier à la fois des tendances globales au sein d’une population et des pistes pour améliorer les systèmes de soin.

Mais les technologies ne pourront pas à elles seules délivrer les résultats attendus. Une stratégie impliquant l’ensemble des acteurs s’impose pour surmonter les obstacles (techniques, réglementaires). Et aussi pour garantir un partage des informations patient sécurisé, respectueux des droits de chacun et efficace pour tous, la collectivité comme les individus.



Stephane Barberet

General Manager, Enterprise Business, Dell EMC France.

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